2009/08/07

La duchesse d'Alençon et le Bazar de la Charité

Dans l’après-midi du 4 mai 1897, une foule élégante se presse à la traditionnelle vente de bienfaisance organisée par le Bazar de la Charité, association philanthropique qui regroupe les grands noms de l’aristocratie parisienne trouvant là matière à mêler charité et mondanités. L'objet est d'assurer la vente d'objets, lingeries et colifichets divers, au profit des plus démunis.

Cette année-là, on a aménagé rue Jean-Goujon un vaste hangar en bois orné de décors en carton-pâte reconstituant une rue médiévale. Dans un petit local est proposée une nouvelle attraction : une séance de cinématographe.

Lors d’un changement de pellicule, le projectionniste, gêné par l’obscurité, gratte une allumette... En quelques minutes le hangar n’est plus qu’un gigantesque brasier où une foule rendue folle par la peur et la douleur tente en vain d’échapper aux flammes. De l’extérieur, pompiers et sauveteurs assistent impuissants au spectacle des corps qui s’embrasent, se recroquevillent et s’affaissent.

Le lendemain, on retire du brasier plus de 150 corps carbonisés. On retrouvera parmi les victimes, entre autres son Altesse Royale la duchesse d'Alençon, née Sophie-Charlotte en Bavière, sœur de l'impératrice d'Autriche (la fameuse Sissi) et de la reine des Deux-Siciles.

Fête tournant au drame et entraînant des privilégiés de la bonne société dans une mort horrible, l’affaire frappe tout particulièrement l’opinion publique.

Offrant l'exemple d'une mort véritablement chrétienne, la Duchesse d'Alençon (1847-1897) sacrifie sa vie pour épargner celles des dames et des jeunes filles qui la secondaient à son stand. En apprenant la tragédie, le duc d'Aumale, son oncle bien-aimé, est foudroyé par une crise cardiaque et sa sœur, l'impératrice d'Autriche, prédit : « nous mourrons tous de mort violente ». Elle est assassinée à Genève l'année suivante par un anarchiste...

La presse souligne l’héroïsme de sauveteurs d’origine modeste, mais stigmatise la veulerie de bien des hommes du monde qui, pour s’échapper, n’ont pas hésité à piétiner les femmes qui leur faisaient obstacle. Elle dénonce les "chevaliers de la pétoche" et les "marquis d’escampette".

Monument funéraire de Sophie-Charlotte de Bavière, duchesse d'Alençon, morte dans l'incendie du Bazar de la Charité (4 mai 1897)
Chapelle Notre-Dame de Consolation, mémorial du Bazar de la Charité

23, rue Jean-Goujon, 7ème arr.

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